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04/09/2007
Source : Courrier International
Par Hossam EZZEDINE
Après deux ans de lutte pacifiste rassemblant Palestiniens, Israéliens et étrangers, le petit village de Bilin en Cisjordanie a obtenu mardi de la Cour suprême israélienne une modification du tracé de la barrière de séparation qui le coupait de ses terres.
"Le tracé fixé porte un préjudice considérable aux habitants de Bilin", a affirmé la Cour dans un arrêt, demandant au gouvernement d’envisager un tracé alternatif "dans un laps de temps raisonnable".
Environ 200 ha, soit près de 58% des terres agricoles de Bilin, situé à l’ouest de Ramallah, ont été confisqués et des milliers d’oliviers arrachés pour ériger la barrière, selon les Palestiniens.
L’arrêt de la Cour permettra aux habitants du village de récupérer "au moins 100 hectares" de terres confisquées, a affirmé à l’AFP Michael Sfard, l’avocat israélien de la municipalité de Bilin, qui a saisi la Cour suprême il y a environ deux ans et demi.
"Le préjudice résulte de la saisie de terres en vue de la construction de la barrière, et de l’arrachage d’arbres se trouvant sur son tracé. De plus les villageois de Bilin se retrouvent coupés d’une grande partie de leurs terres agricoles à cause du tracé actuel de la barrière", a précisé la Cour.
La décision d’ordonner la modification du tracé a été prise à l’unanimité des trois juges. Ils avaient été saisis de cette affaire par le maire de Bilin Ahmed Issa Abdallah Yassin.
M. Yassin s’est félicité de la décision de la Cour suprême, la qualifiant de "victoire".
"Nous allons récupérer une partie des terres qui a été confisquée par le mur. C’est une victoire pour nous", a-t-il déclaré à l’AFP. "Nous allons poursuivre notre action jusqu’à l’élimination du mur", a-t-il ajouté.
Selon Me Sfard, cette décision "prouve que le mur à Bilin est utilisé par Israël pour s’approprier des terres et non pour des raisons de sécurité".
Il a affirmé que l’Etat israélien entendait, grâce à la barrière de séparation, "agrandir une colonie voisine de Bilin, Modiin Ilit" dont un nouveau quartier est en construction.
L’avocat a précisé que la Cour n’imposait pas dans son jugement un nouveau tracé mais fixait des "paramètres": il ne devra pas englober de terres cultivées palestiniennes ni le quartier en construction de la colonie voisine.
"Malheureusement, toutes les terres de Bilin ne seront pas rendues à leur propriétaires", a regretté l’avocat.
Depuis deux ans, des Palestiniens, ainsi que des pacifistes israéliens et étrangers, manifestaient chaque vendredi dans le village, devenu le symbole de la lutte contre le "mur" israélien qui empiète sur les terres palestiniennes.
Dès l’annonce de la décision de la Cour, des dizaines d’habitants de Bilin, qui compte quelque 2.000 âmes, se sont rassemblés au pied de la barrière pour exprimer leur joie, sous le regard de soldats israéliens postés de l’autre côté du grillage.
Certains agitaient des drapeaux palestiniens, d’autres distribuaient des friandises. Des vieilles dames poussaient des youyous de joie.
"La décision de la Cour israélienne prouve que la lutte pacifiste peut être efficace", s’est félicité Abdallah Abou Rahmeh, coordinateur de la campagne de protestation contre le "mur".
"Nous avons réussi à récupérer plus de cent hectares de nos terres sans perdre un seul martyr", a-t-il ajouté.
Présentée par Israël comme une "clôture antiterroriste", la barrière qui doit s’étendre à terme sur plus de 650 km, est qualifiée de "mur de l’apartheid" par les Palestiniens.
Elle empiète sur la Cisjordanie et rend extrêmement problématique la création d’un Etat palestinien viable.
Dans un avis rendu le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé illégale la construction de cette barrière et exigé son démantèlement, tout comme l’a fait ensuite l’Assemblée générale de l’ONU.
Israël n’a pas tenu compte de ces demandes.