15/09/2005
Source : Le Monde
Les neuf juges de la Cour suprême israélienne ont jugé à l’unanimité qu’une partie du tracé de la "clôture de sécurité", séparant l’Etat juif de la Cisjordanie, était illégale. La Cour suprême a jugé que le gouvernement d’Ariel Sharon devait "examiner d’autres options" pour le tracé de la "clôture" près d’Alfei Menashe, une colonie importante du nord de la Cisjordanie.
Le recours avait été présenté par l’Association des droits civils en Israël, qui avait fait valoir que le tracé de la barrière dans ce secteur portait un grave préjudice à plus de mille Palestiniens, de cinq villages de la région. Le projet achevé, la "barrière de sécurité" devait englober la colonie israélienne Alfei Menashe, au risque de créer une enclave palestinienne. Même si la Cour a répondu aux craintes des plaignants, elle a justifié pour des "raisons de sécurité" le principe de construction de l’ouvrage, controversé, en Cisjordanie au-delà de la Ligne verte, la frontière avec Israël.
Par ailleurs, le professeur du secondaire Abdallah Abou Rahmeh, du village de Bilin, animant un comité populaire contre le "mur", a été libéré, cette semaine, par un tribunal militaire. L’homme avait été arrêté le 9 septembre par l’armée alors qu’il participait à une manifestation interdite par les militaires. Bilin, une localité de quelque 1 000 habitants, est le théâtre, chaque vendredi, d’un rassemblement pacifique des habitants, des pacifistes israéliens et internationaux contre la barrière de séparation. Celle-ci devrait pénétrer de 2,3 kilomètres sur les terres de ce village.
Fait exceptionnel, une cour militaire a blâmé l’armée pour avoir interdit la manifestation. Et elle a fait libérer Abdallah Abou Rahmeh. Des militaires avaient pénétré en force dans la localité palestinienne à l’aube et encerclé une maison où résidaient des pacifistes israéliens et des volontaires internationaux, arrêtant une dizaine d’entre eux, ont rapporté des témoins. Des affrontements s’étaient ensuite produits, les militaires et des gardes-frontières faisant usage de grenades lacrymogènes et tirant des balles caoutchoutées sur des manifestants qui jetaient des pierres.
Présentée par Israël comme une "clôture antiterroriste", la barrière, qui doit s’étendre à terme sur plus de 650 km, est qualifiée de "mur de l’apartheid" par les Palestiniens car elle empiète sur la Cisjordanie et rend problématique la création d’un Etat palestinien viable. Dans un avis rendu le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé illégale la construction de cette barrière et exigé son démantèlement, tout comme l’a fait ensuite l’Assemblée générale de l’ONU. Israël n’a pas tenu compte de ces demandes non contraignantes et a annoncé que la construction serait achevée à la fin de l’année.