Accueil · Articles · Presse et médias indépendants
29/12/2005
Source : ISM
Comme dans d’autres villages, le gouvernement israélien argue du fait que le tracé du mur a Bil’in a été déterminé purement pour des raisons de sécurité. Cependant, une brève visite du village montre que ceci est faux.
La barrière est la plupart du temps en bas de la colline, sur un point topographiquement bas, permettant facilement de tirer par-dessus.
Elle est située à 6 kilomètres à l’est de la Ligne Verte et à 1,8 kilomètres à l’est de la zone construite et peuplée de Modi’in Illit.
Bil’in est un petit village situé à 6 kilomètres à l’est de la Ligne Verte et à l’ouest de Ramallah. Le village possède 4.000 dunams (400 hectares) et 1.700 habitants dont la vie dépend de l’agriculture et du travail à l’extérieur du village.
La plupart des terres du village se situe entre deux secteurs (le secteur de Modi’in au sud et le secteur de Dolev au nord); l’extrémité ouest des terres de Bil’in sont recouvertes des maisons du secteur appelé Kiryat Sefer de la colonie israélienne de Modi’in Illit.
La barrière qu’Israel construit confisque environ la moitié des terres du village. Selon le gouvernement israélien, 1.700 dunams de la terre de Bil’in demeureront à l’ouest du Mur (ndt : côté israélien).
En outre, le tracé lui-même - dont la largeur est entre 50 et 150 mètres - saisira environ 250 dunams. Au total, le mur confisque au moins 1.950 dunams (195 ha) des terres de Bil’in (on s’attend à ce que le chiffre soit encore plus élevé). Il s’étire jusqu’à la dernière maison du village, l’entourant sur trois de ses côtés.
Comme dans d’autres villages, le gouvernement israélien argue du fait que le tracé du mur a Bil’in a été déterminé purement pour des raisons de sécurité. Cependant, une brève visite du village montre que ceci est faux. La barrière est la plupart du temps en bas de la colline, sur un point topographiquement bas, permettant facilement de tirer par-dessus.
Elle est située à 6 kilomètres à l’est de la Ligne Verte et à 1,8 kilomètres à l’est de la zone construite et peuplée de Modi’in Illit. Le tracé traverse deux bandes, ce qui a nécéssité un travail complexe et très onéreux.
Si l’objectif de la barrière était de défendre les habitants d’Israel, elle aurait été installée le long de la Ligne Verte. Si elle avait eu pour but de protéger les résidants actuels de Modi’in Illit, elle aurait été construite sur un secteur topographique élevé à proximité de la zone construite et peuplée de la colonie.
La seule raison pour le choix de ce tracé est le projet d’expansion de Modi’in Illit.
En ce moment, deux nouvelles sections sont en construction dans la colonie : le secteur de Matityahu Est (également connu sous le non de Heftsiba et Parc Vert), sur 870 dunams des terres de Bil’in à l’ouest de la barrière; et le secteur de Neot Ha’Pisga, sur 560 dunams appartenant en grande majorité au village palestinien voisin de Kharbata, mais confisquant également une certaine partie des terres appartenant à Bil’in au nord de Dolev.
A Matityahu Est, 3.008 logements sont en construction, alors qu’à Neot Ha’Pisga, 2.748 appartements sont prévus. Selon les prévisions, la section de Matityahu Est atteindra le tracé de la barrière de sorte que ses dernières maisons seront situées à quelques mètres de la barrière !
Un programme-cadre préparé par le Ministère israélien du Logement assigne les 600 dunams (60 ha) des terres de Bil’in restants à l’ouest de la barrière, entre Matityahu Est et Dolev, pour une nouvelle autre section de Modi’in Illit où seront construits 1.200 logements.
Par conséquent, le tracé du mur à Bil’in a été déterminé à la lumière des divers projets de construction de la colonie de Modi’in Illit. Récemment, le gouvernement israélien a admis, en réponse à une pétition déposée devant la Cour Suprême, que "le tracé de la barrière sur les terres de Bil’in a été conçu, entre d’autres, pour sauvegarder deux nouveaux quartiers de Modi’in Illit, l’un qui est déjà à une étape avancée de la construction… et l’autre…, du côté ouest, où la construction a déjà commencé."
En d’autres termes, le tracé de la barrière a été conçu pour protéger les futurs colons qui vivront à l’avenir dans des secteurs qui seront contruits sur les terres confisquées de Bil’in à l’ouest de la barrière.
L’histoire de Modi’in Illit a commencé en 1992, quand la petite colonie ultra-orthodoxe de Kiryat Sefer a été établie sur les terres des villages de Kharbata, Deir Qaddis et Ni’lin, ainsi que sur l’extrémité ouest des terres de Bil’in.
En 1996, le nom de la colonie a été changé en Modi’in Illit et elle a commencé à s’étendre. Actuellement, Modi’in Illit est un ensemble de colonies d’une surface de 5,800 dunums (582 hectares), toutes situées à l’est de la Ligne Verte.
Selon le programme-cadre préparé par le Ministère du Logement, 150.000 colons vivront dans le secteur en 2020 - la plupart d’entre eux à l’intérieur de Modi’in Illit.
Le Bureau central des Statistiques rapporte qu’en septembre 2005, 29.300 personnes habitaient à Modi’in Illit soit 12,7% de plus qu’en 2004. Modi’in Illit est la deuxième plus grande colonie (en ce qui concerne sa population) de Cisjordanie, après Ma’ale Edomim, et deviendra bientôt la colonie la plus fortement peuplée.
À la différence de la plupart des colonies, Modi’in Illit n’est pas une colonie idéologique. Ses habitants ultra-orthodoxes sont venus ici seulement depuis que le gouvernement israélien leur a offert des logements bon marché. À bien des égards, les habitants de cette colonie sont victimes de la politique du gouvernement, qui a décidé de les faire venir ici et de créer inévitablement un conflit entre eux et les propriétaires de terre palestiniens.
Ce processus s’est considérablement développé récemment, avec l’expansion vers l’est de Modi’in Illit, en dehors des limites de sa zone construite.
Cette expansion viole également un engagement explicite, donné par le premier ministre israélien Ariel Sharon au Président américain, George Bush, en décembre 2003. Selon cet accord, toute construction cessera en dehors des zones construites des colonies.
Au cours des procédures devant la Cour Suprême, il a été révélé que la section de Matityahu Est - la raison principale du tracé de la barrière à Bil’in - est construite en violation des lois d’urbanisme israéliennes et sans permis de construire légaux.
En outre, la section viole le droit international en général, et la Quatrième Convention de Genève qui interdit toute colonisation par la population occupante dans les secteurs occupés en particulier.
La section de Matityahu-Est est établie selon le plan numéro 210/8/1, qui n’a pas été encore approuvé par les autorités israéliennes de l’urbanisme en Cisjordanie. La section possède un plan de construction approuvé en 1999, le plan numéro 210/8.
Cependant, ce dernier autorise la construction de seulement 1.532 logements (comparé aux 3.008 logements selon la nouvelle prévision), et la répartition des terres (secteurs publics, rues etc..) y est différente de celle du nouveau plan.
En réalité, la construction à Matityahu-Est est effectuée selon le plan numéro 210/8/1, qui n’a aucune validité en vertu de la loi israélienne.
Selon le gouvernement israélien, 750 logements ont déjà été illégalement établis à Matityahu-Est.
Une lettre écrite par le contrôleur du Conseil local de Modi’in Illit le 14 mars 2005 prouve que le contrôleur avait déjà envoyé des avertissements contre la construction illégale à Matityahu Est en janvier 2004, aux membres du Conseil et au Ministère de l’Intérieur - mais rien n’a été fait pour l’arrêter. Après les plaintes du contrôleur, le Conseil local a décidé de le prendre pour cible au lieu de s’intéresser aux violations.
Alors que les autorités autorisent la poursuite des constructions illégales massives à Matityahu Est, l’Administration Civile a été rapide pour émettre un mandat contre la construction du Centre pour la Lutte Commune pour la Paix de Bil’in - un petit bâtiment de 7 mètres carrés, que les habitants de Bil’in et des pacifistes israéliens ont construit près de Matityahu Est le 25 décembre, 2005.
Juste quelques heures après que les murs du bâtiment aient été achevés, un mandat a été remis à la population de Bil’in interdisant tout autre construction sur place et les sommant de venir à une audience du comité d’aménagement de l’Administration Civile.
En outre, l’armée a évacué de force deux caravanes installées sur les lieux : une fois le 22 décembre et la seconde fois le 25 décembre. C’est un exemple clair de double standard dans l’application de la loi en Cisjordanie.
La question de la barrière à Bil’in est maintenant portée devant la Cour Suprême, où une audience sur le sujet se tiendra le 1er février 2006.
Une pétition contre la barrière a été déposée en septembre par l’avocat Michael Sfard; elle inclut un large débat sur les futurs plans de construction de Modi’in Illit, dont certains ont été exposés tout récemment.
Dans la pétition, l’avocat Sfard affirme que le tracé de la barrière à Bil’in n’a pas été déterminé par des considérations sécuritaires, mais plutôt dans l’intérêt de la colonie et d’entreprises immobilières. Le tracé suit soigneusement les plans de construction futurs et existants de Modi’in Illit, et a été conçu pour permettre aux promoteurs immobiliers sans scrupules de travailler dans la colonie (parmi eux les entreprises Heftsiba et Parc Vert) et de récolter des bénéfices énormes sur le dos de la population de Bil’in dont les terres leur sont volées sous leurs yeux.