Accueil · Articles · Presse et médias indépendants
04/09/2007
Source : Nouvel Observateur
René Backman analyse la décision de la Cour suprême israélienne de déplacer le tracé du mur à Bil’in dont les habitants, après plus de deux ans de protestation pacifique, avaient déposé un recours à cet effet.
Pourquoi les villageois de Bili’n ont-ils déposé une plainte devant la Cour suprême israélienne ?
Bili’n présente la particularité d’être un village palestinien voisin du groupe de colonies israéliennes Mod’iin Illit. Le mur de séparation construit par les Israéliens à l’intérieur de la Cisjordanie contourne la partie Est de cette colonie et empiète sur les terres du village. Depuis un peu plus de deux ans, il y a chaque semaine des manifestations de pacifistes à Bili’n pour protester contre le fait que le village soit, d’une part, privé d’une partie de ses terres, et, d’autre part, coupé du reste de la Cisjordanie par le mur. Enfin, ils protestent aussi parce que le mur passe ici, comme sur la majeure partie de sa longueur, à l’intérieur du territoire palestinien et non pas le long de la ligne verte. Les habitants de Bili’n ont donc déposé une plainte devant la Cour suprême qui vient de leur donner raison.
Est-ce la première fois que la Cour suprême s’oppose au gouvernement au sujet du tracé du mur ?
Non. En réalité, des protestations de villageois et même des plaintes devant la Cour suprême, il y en a beaucoup. Selon l’avocat qui s’est occupé de l’histoire de Bili’n et de beaucoup d’autres cas, il y aurait à peu près 80 plaintes qui auraient été formulées par des villageois, assistés par des organisations de défense des droits de l’homme israéliennes et palestiniennes. A chaque fois, d’ailleurs, les organisations des deux camps collaborent car, pour aller devant la Cour suprême ou devant d’autres instances judiciaires israéliennes, il faut que les documents soient déposés en hébreu et que la défense soit présentée par des avocats israéliens. Mais sur les nombreuses plaintes déposées, la Cour suprême n’a donné que très peu de fois raison aux Palestiniens.
La Cour suprême parvient-elle à faire respecter ses décisions ?
C’est tout le problème. Dans la majeure partie des cas, elle n’a pas réussi à faire admettre sa décision. En général, lorsque la Cour suprême rend un avis sur le tracé du mur quand il ne s’est pas encore traduit concrètement sur le terrain, il est plus facile de faire admettre une modification du tracé. Quand le mur ou la barrière sont déjà construits, c’est beaucoup plus difficile. La colonie de Alfei Menanashe est un cas emblématique : elle est située sur la ligne verte, à l’aplomb de Tel Aviv, et entourée de villages palestiniens. Le premier tracé coupait ces villages du reste du territoire palestinien. Les villageois ont demandé à la Cour suprême d’intervenir et elle leur a donné raison, considérant que ce tracé n’était pas justifié par des raisons de sécurité et qu’il devait donc être modifié pour passer entre les villages et la colonie. Cette décision a été prise il y a deux ans mais n’a toujours pas été appliquée.
En fait, la seule fois où les Palestiniens ont remporté une relative victoire, c’est lorsque l’officier qui était chargé de dessiner la barrière, Dany Tirza, a été condamné par la Cour suprême à quitter ce poste pour avoir menti à de trop nombreuses reprises sur les raisons du tracé… Ce fut une courte victoire, puisqu’il est devenu ensuite le conseiller du premier ministre.
Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand