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Les habitants de Bil’in établissent un « avant-poste » au-delà de la clôture de séparation

21/12/2005

Source : Ha’aretz | Traduction : CCIPPP

par Meron Rapoport

Les Palestiniens commencent eux aussi à construire des avant-postes : des Palestiniens, du village de Bi’lin, ont placé hier, mercredi, une caravane sur leurs terres situées au-delà du tracé suivi par la clôture de séparation. L’armée israélienne se dispose à évacuer la caravane. « Ce conteneur sera évacué », dit-on de source militaire. Du côté des services de sécurité, on déclare ce soir que l’armée et l’administration civile délibéraient en ce moment au sujet de l’évacuation de la caravane après qu’il est apparu que des jeunes Palestiniens présents dans la caravane n’avaient pas quitté les lieux. « Cela devient un problème de sécurité dès lors qu’entre les habitants de la caravane et le territoire de l’Etat d’Israël, il n’y a aucune clôture », a dit un responsable de la sécurité.

Hier matin, quelques dizaines d’habitants du village de Bi’lin accompagnés d’Israéliens et de volontaires internationaux ont créé la surprise en installant un conteneur sur leurs terres, tout près de la colonie de Modi’in Ilit. Un membre du Comité populaire de Bi’lin, Mohamed Khatib, a expliqué que le conteneur avait été placé sur les terres de l’un des habitants du village et qu’il possédait un permis de bâtir émanant du Conseil du village de Bi’lin.

Mohamed Khatib a dit que le projet était d’établir sur place un « centre de lutte commune en faveur de la paix ». Bi’lin est devenu un symbole de la lutte contre la clôture et, au cours de l’année écoulée, des dizaines de manifestations y ont été organisées, rassemblant des Palestiniens et des Israéliens contre cette clôture qui laisse environ la moitié des terres du village au-delà de son tracé. Une partie de ces manifestations se sont terminées par des heurts avec les forces de sécurité au cours desquels des soldats et des manifestants ont été blessés.

L’installation de cette caravane met l’armée israélienne et l’administration civile dans l’embarras. Le conteneur a été placé à proximité du site sur lequel se construit actuellement le quartier « Matityahou-Est » de Modi’in Ilit. Akiva Eldar a révélé dernièrement, dans « Haaretz », que l’administration civile elle-même reconnaissait que 750 unités de logement déjà créées dans le quartier l’avaient été sans permis et en violation de la loi. Un total de 3 000 unités de logement est en projet à cet endroit. La caravane, arrivée ce matin depuis l’intérieur d’Israël, a été installée à une centaine de mètres du site de construction de Matityahou-Est.

Aux termes de la loi, l’administration civile peut faire enlever le conteneur dans le mois qui suit son installation sans devoir passer par une procédure judiciaire. Néanmoins, il est clair pour l’armée israélienne que si la chose est entreprise, les Palestiniens se tourneront vers les tribunaux arguant que l’administration applique la règle des deux poids et deux mesures en s’empressant d’évacuer une caravane appartenant à des Palestiniens tout en laissant construire des centaines d’unités de logement dans le quartier juif voisin, sans aucun permis et à l’encontre du plan directeur.

« Il s’agit d’une terre privée palestinienne, et non pas de terres d’Etat. Le Conseil du village a approuvé l’installation de la caravane et il s’agit dès lors, selon toute apparence, d’une construction légale », dit Michael Sfard, l’avocat représentant les habitants de Bi’lin. « Cela offrira la démonstration éclatante d’une application sélective de la loi, si l’on s’occupe de la pauvre caravane des habitants de Bi’lin avant de s’occuper des centaines d’unités de logement construites à Modi’in Ilit en violation de la loi ». Michael Sfard a adressé ce matin, pour le compte de « La Paix Maintenant », une lettre à l’administration civile dans laquelle il exige de celle-ci qu’elle fasse arrêter les travaux dans la semaine, à défaut de quoi il s’adressera à la Cour Suprême.

L’administration civile fait savoir qu’effectivement la construction à Modi’in-Est est illégale et que « le chef de l’administration civile examine les possibilités qui s’offrent à lui pour remédier à la situation ». A propos de la caravane installée par des habitants de Bi’lin, des sources militaires ont dit que l’intention n’était pas d’entrer en confrontation avec les habitants mais que « ce conteneur sera enlevé ». Ajoutant qu’il leur semblait clair qu’immédiatement après l’évacuation, il leur faudra expliquer au tribunal pourquoi on met tant de zèle à agir contre une construction illégale de Palestiniens et tant d’atermoiement à propos de constructions illégales dans les colonies.