13/10/2005
Source : AFPS
Les colons ont été évacués de Gaza avec des gants. En Cisjordanie, à Bil’in, contre les manifestants palestiniens, israéliens et internationaux qui se mobilisent contre le Mur, les soldats utilisent les gaz lacrymogènes, des bombes assourdissantes, des balles en caoutchouc et même des balles réelles. Auprès d’une lutte commune exemplaire contre le Mur, la solidarité internationale s’organise. Deux militants de la CCIPPP et de l’AFPS 95, Aude et Michel, témoignent.
PLP : Vous étiez à Bil’in. Où se situe ce village ?
Aude et Michel : Il s’agit d’un village d’environ 2.000 habitants situé à l’ouest de Ramallah. Le tracé du Mur actuellement en construction est tel que le village va perdre plus de la moitié de ses terres. La construction prévue d’infrastructures agricoles, en particulier pour des jeunes paysans, n’est désormais plus possible, ce qui oblige ceux-ci à se faire héberger dans le village voisin de Kfer’Lima. On voit bien le sens de cette politique qui vise à pousser les villageois à un exode vers un village plus à l’est.
PLP : Comment réagissent les villageois face à cette situation ?
A. et M. : Tous entendent s’arc-bouter à leurs terres. Ils se sont organisés dans un comité de village appelé « comité populaire contre le Mur ». Celui-ci anime depuis plusieurs mois des actions et des manifestations non violentes. Chaque manifestation est préparée collectivement et travaille énormément sur le visuel et le symbole, notamment pour les médias qui commencent à venir.
PLP : Comment situez-vous l’enjeu de Bil’in ?
A. et M. : L’action de Bil’in est une jonction entre résistance des palestiniens et anti-colonialistes israéliens de Gush Shalom, Taayoush, la Coalition des femmes pour la paix, le Comité contre la destruction des maison (ICADH), Anarchistes contre le Mur et autres qui voient venir des jeunes qui n’étaient jamais venus, à tel point que le porte parole des Israéliens, Jonathan Pollack, relève qu’« au lieu de les séparer, le Mur est en train de rapprocher Israéliens et Palestiniens ». Bien sûr s’y ajoutent des internationaux, en particulier ISM, la CCIPPP, l’AFPS et lesFemmes en noir. L’objectif est de médiatiser la lutte contre le Mur pour que se développe une conscience de ce qu’il se passe et de ce qu’il se fait. Il s’agit de tenter d’empêcher cette construction, même si le rapport de forces ne le permet pas encore. Il faut en faire un point de fixation tellement visible et significatif de ce scandale qu’il interpelle l’opinion publique internationale et israélienne en particulier. D’ailleurs Haaretz a parlé de ces manifestations. La presse internationale, en particulier CNN, semble s’y intéresser de plus en plus parce qu’il y a une solidarité triangulaire (Palestiniens, anti-colonialistes israéliens, militants internationaux) qui se joue, face d’abord aux garde-frontières israéliens, et maintenant à l’armée. Les garde-frontières israéliens ont perdu un procès pour avoir menti en accusant de violence le responsable du comité de village. Maintenant, depuis le 12 août, l’armée est là et se donne pour but d’arrêter l’organisation de ces manifestations.
En deux étapes :
PLP : Quelle est la situation aujourd’hui ?
A. et M. : Il nous semble très important de soutenir cette mobilisation qui met ensemble Palestiniens, Israéliens et internationaux contre le Mur et de ne pas céder à l’armée. Ayant été là-bas et conscients de cet enjeu, nous avons lancé une pétition à la Fête de l’Humanité pour populariser cette lutte et rendre impossible la manoeuvre de Sharon. Il nous semble inconcevable qu’on puisse laisser étouffer une telle unité exemplaire de lutte anti-coloniale que l’on empêche de manifester pacifiquement. Il nous semble inconcevable que l’ensemble de ceux et celles qui veulent une paix juste et luttent contre le Mur ne réagissent pas avec les plus grandes énergie et rapidité. Il faut donc répondre à l’appel lancé par l’ensemble des associations palestiniennes en juillet pour les sanctions « BDS » : boycott, désinvestissement, sanctions.
Publié dans Pour la Palestine n° 47, propos recueillis par Bernard Ravenel