01/01/2006
Source : Gush Shalom | Traduction : CCIPPP
Les soldats et les colons qui assistaient à distance n’en croyaient pas leurs yeux : quelque 70 Israéliens, militants pour la paix, des membres de Gush Shalom et des sympathisants, ensemble, avec des Palestiniens, parmi lesquels beaucoup d’enfants, avaient allumé des cierges sur un énorme Hannukkia (candelabre) ; cela se passait à « l’avant-poste » que les Palestiniens du village de Bil’in avaient construit, sur leur terre, à seulement une centaine de mètres des maisons de la colonie Modi’in Illit.
C’était le 8è soir de Hanukka, le premier jour de 2006, pour exprimer notre solidarité avec le combat de Bil’in et lancer un message aux Israéliens.
« Cela peut sembler étrange que nous allumions, à cet endroit, les cierges d’une fête juive », a déclaré Uri Avneri, « mais nous sommes ici sur la terre des Maccabees. C’est ici qu’ils sont nés et c’est ici qu’ils ont commencé leur révolte. La rébellion des Maccabees n’est pas seulement un symbole juif, depuis longtemps, elle est devenue un symbole pour le monde entier, celui du combat contre l’oppression et l’injustice. Les habitants de Bil’in sont les Maccabees d’aujourd’hui, et l’occupation, c’est Antiochos ». (Antiochos IV Epiphane, roi grec de Syrie, dont le régime tyrannique avait provoqué la révolte des Maccabees, il y a 2 174 ans.)
L’Hanukkia, de plus de deux mètres de haut, a été érigé à l’endroit des tuyaux d’irrigation, une idée du kibbutznik Teddy Katz, qui avait apporté les tuyaux avec lui. Il y a quelques jours, les villageois de Bil’in ont construit un « avant-poste » sur la terre qui s’étend entre le « mur de séparation » et la colonie - une terre vaste qui leur appartient et qui a été, effectivement, coupée de leur village par le mur pour construire les nouveaux quartiers de Modi’in Illit qui est déjà une énorme colonie. Les colons, tous Haredim (juifs orthodoxes), ont été installés ici par des spéculateurs immobiliers, notamment des sociétés canadiennes, qui ont gagné beaucoup de millions avec la vente des terres volées.
Mohammad Khatif, du comité populaire de Bil’in contre le mur, a expliqué aux militants israéliens comment l’avant-poste - une construction en briques - avait été monté en une seule nuit.
" D’abord nous avions mis ici une remorque ; puis 36 heures plus tard, l’Administration civile est venue et l’a emmenée. Nous avions assez d’argent pour une seconde remorque, merci à Gush Shalom de nous avoir aidés. Donc, c’était un jour de pluie, l’armée avait remarqué la remorque seulement dans la soirée ; l’officier CA est venu, mais il n’avait pas le bon règlement. Il nous a dit : ‘Ca ne va pas vous avancer longtemps ; je vais revenir dans la matinée.’ Nous lui avons demandé : ‘Pourquoi vous acharnez-vous tant contre notre remorque ? Que faites-vous des 750 maisons que les colons sont en train de construire, ici, sans permis, en toute illégalité, même par rapport à vos propres lois ?’ Il répond : ‘Bien, s’agissant de constructions fixées au sol, la procédure est plus compliquée…‘ Et cela nous a donné une idée, mais nous n’avions que quelques heures. Alors nous nous y sommes mis, Palestiniens, Israéliens et internationaux et… oui, même des colons bien disposés qui habitent Modi’in, nous avons travaillé, tous, toute la nuit, apportant tout le matériel de construction, nous battant contre la pluie et la boue ; les carreaux de la fenêtre nous viennent d’un habitant de Bil’in qui les a retirés de sa propre maison. Imaginez la tête de l’officier CA à 8 heures du matin quand il est revenu… : nous avions décidé d’appeler l’endroit « Le Centre du combat commun ». Et chaque nuit, des gens de Bil’in, accompagnés d’Israéliens ou d’internationaux, dorment dans l’avant-poste, et le gardent."
Après ces mots motivants, huit des invités ont allumé les « cierges » - en fait ce sont des torches - chacun faisant une courte déclaration :
L’évènement fut transmis à la radio et un court article fut publié dans le quotidien israélien Ma’ariv.