Compte-rendu de la 110ème mission de la CCIPPP en Palestine (extraits)

27/11/2005

Source : CCIPPP

Bil’in, un village en lutte contre son annexion par le mur et la colonie de Modi’in Ilit, une mobilisation emblématique contre la politique de Sharon pour une partie de la jeunesse israélienne.

Une première rencontre dès notre arrivée avec les militants de l’AIC (Alternative Information Center) nous informe des luttes en cours du côté des anticolonialistes israéliens, en particulier de l’importante mobilisation autour de Bil’in, lieu symbole de la lutte contre le mur. Nous arrivons sur ce lieu avec un peu de retard, ayant mal anticipé le temps de trajet intégrant les retards dûs aux barrages. Nous avons assisté à ce que nous pouvons connaître en France, mais sans les tirs de balles en caoutchouc, jets de pierres contre lacrymogène, course poursuite dans les champs d’oliviers, flux et reflux, et en fin de compte épuisement de part et d’autre, sous une température de près de 30 degrés.

Bil’in est un village de Palestine qui veut continuer à exister, qui lutte pour sauvegarder sa terre, ses oliviers, ses ressources, son droit d’exister et qui est devenu un enjeu symbolique de lutte contre la politique de Sharon pour une partie de la jeunesse israélienne.

L’état d’Israël étouffe littéralement le village, le détruit chaque jour un peu plus en emmurant ses habitants dans une prison à ciel ouvert. Israël a conçu le tracé actuel de la barrière pour annexer 60% des terres agricoles de Bil’in à Israël et agrandir la colonie de Modi’in Ilit. Des projets pour l’expansion de Modi’in Ilit doivent toutefois encore être approuvés par le gouvernement israélien. Des recours juridiques sont en attente auprès de la Cour Suprême israélienne mais les chances d’aboutir sont minces.

C’est la manifestation hebdomadaire où se retrouvent conjointement les groupes comme Anarchist against the wall, les internationaux tant européens qu’américains quand les barrages les ont pas empêché de passer et bien sur les Palestiniens. La presse internationale est très présente et relate assez bien les événements. Les internationaux ont un point de ralliement, la Maison des internationaux situé dans le bourg de Bi’lin, lieu qui se veut plus ou moins autogéré. Ces militants de toutes origines tentent par leur soutien de démontrer la réalité d’une solidarité internationale. La réponse israélienne est bien entendu la répression, mais en fait tout dépend beaucoup de l’officier responsable du moment et du contingent qu’il commande. En effet, il y a des vendredis où l’armée applique de manière sauvage la directive administrative qui « officialise » le site de construction du mur comme terrain militaire et donc interdit à qui que se soit. La répression peut être féroce, tirs à balles réelles, violence de toutes sortes, arrestations. La protection civile du Croissant Rouge palestinien est à chaque fois présente.

D’autres vendredis les choses sont un peu différentes. Le droit de manifester pacifiquement est respecté pendant un certain temps et à une certaine distance, mais le cadre réglementaire imposé par l’armée n’est jamais respecté au final par ceux et celles qui veulent en découdre, ne pouvant se contenter d’actions symboliques non violentes. Les tirs se font à balles en caoutchouc mais maintenant de plus en plus souvent à balles réelles. Ce sont en général les jeunes palestiniens qui se retrouvent dans ces affrontements. Ils n’ont rien à perdre et eux resteront quand les internationaux et les anars israéliens seront partis.

Le 9 septembre dernier, le nombre des personnes arrêtées à Bil’in, au nord de la province de Ramallah, s’est élevé à 52 , la plupart étant des activistes internationaux et israéliens, et le nombre de blessés s’est élevé à 40, dont deux journalistes et trois enfants. On a pu assister à de relatives victoires sur le terrain, où physiquement l’armée a reculé, où les installations provisoires du mur, clôtures de barbelés, ont pu être en partie détruites. Mais maintenant l’armée a décidé de durcir la répression en arrêtant systématiquement des membres palestiniens du comité du village chargés d’organiser la lutte et les actions de résistance non-violentes. Des arrestations sans raison juridique réelle destinées à décourager les habitants de Bil’in et réduire la résistance au silence ont lieu de plus en souvent. Les habitants de Bil’in continuent néanmoins à résister malgré la multiplication de descentes nocturnes des soldats dans le village. Les arrestations de plus en plus nombreuses d’habitants et d’activistes démontrent que Sharon ne veut pas permettre que cette lutte se popularise et fasse tâche d’huile dans la société israélienne.