Le raid de l'armée d'occupation échoue à empêcher la manifestation

02/09/2005

Source : ISM

Les soldats de l’occupation israélienne ont lancé une attaque vendredi après-midi dans le village cisjordanien de Bil’in afin d’essayer d’empêcher la manifestation pacifique programmée régulièrement contre le Mur d’Annexion construit sur la terre saisie. Mais malgré une pluie de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogène, de grenades assourdissantes et du bruit des balles réelles, les soldats n’ont pas pu décourager les villageois d’attirer plus d’attention sur l’illégalité de la confiscation de terres qui y a lieu.

La violence excessive employée par les soldats ont attiré une réponse immédiate des organisations israéliennes, des médias et au moins d’un membre de la Knesset qui a contacté les responsables de l’armée en protestation.

Les soldats ont brièvement arrêté un responsable de la résistance pacifique à Bil’in, mais l’ont relâché après que de nombreuses personnes aient enregistré la scène avec leurs caméras.

"Ce fut la protestation la plus violente que j’ai vue depuis que je suis ici", a déclaré Lee, un activiste de l’ISM.

"Les soldats israéliens ont utilisé du gaz lacrymogène, des bombes assourdissantes, des balles en caoutchouc, et des balles réelles. Après la manifestation, les enfants ont fait le tour du village pour ramasser des quantités de balles en caoutchouc et de cartouches."

À 12:15, les soldats sont entrés dans le centre du village vêtus de leurs vêtements et casques anti-émeute.

Ils savaient que la manifestation non-violente débutait à 13h, et ils semblaient déterminés à s’en prendre aux villageois et aux internationaux. Ils frappaient du pied alors qu’ils se tenaient devant des portes, puis ils ont descendu la rue vers l’appartement de l’ISM.

Au début, les petits garçons dansaient et chantaient devant eux en sautant pendant que les soldats traînaient sous les arbres l’air frustré.

Un petit garçon avait un jouet mitrailleuse qui faisait du bruit. Selon les Palestiniens qui ont été témoin de l’échange, un soldat a dit au père qu’il ne pouvait pas rentrer à la maison si le garçon avait un faux fusil. Le père a dit : "Mais, c’est le sien." "Si je le vois dans la rue avec cette arme, je le descends," fut la réponse du soldat.

Une demi-heure avant l’heure prévue de la manifestation, les soldats ont commencé à nous lancer des bombes assourdissantes, puis il ont tiré du gaz lacrymogène devant l’appartement de l’ISM. Les larmes coulaient sur nos visages pendant que nous attrapions des oignons et des citrons qui nous avaient été donnés pour contrer les effets du gaz.

Une boîte métallique de gaz lacrymogène a aussi été tirée dans la mosquée voisine, où de nombreux villageois terminaient les prières de l’après-midi.

Nous attendions l’arrivée des activistes israéliens pour commencer la marche jusqu’au site de la manifestation. Et, c’est sûr, quelques gosses ont commencé à jeter des pierres en réponse au gaz lacrymogène, aux bombes assourdissantes, aux balles en caoutchouc, puis ensuite aux balles réelles.

Le visage d’un activiste de l’ISM n’était qu’à 20 centimètres de l’arme d’un soldat quand il a tiré une salve de balles réelles. L’activiste se tenait à côté des personnes qui bloquaient l’entrée des jeeps de l’armée dans le village. Les soldats ont accouru vers le groupe et l’un d’eux a tiré en l’air avec son M-16 en hurlant en Hébreu.

"Je me suis mis devant lui et je lui ai dit : "S’il vous plait, ne tirez pas, ce sont des manifestants pacifiques, pourquoi voulez-vous leur tirer dessus," a déclaré l’activiste américain.

Comme réponse, le soldat a mis son fusil à 20 centimètres du visage de l’activiste et a tiré une salve de balles réelles.

Les choses se sont rapidement détériorées : les soldats ont malmené les pacifistes et ont tiré sur les garçons qui jetaient des pierres pour protéger leur village contre l’incursion.

"Ils tiraient en bas de la rue sur les sheebabs (gosses qui jettent des pierres en réponse aux incursions des soldats)", a déclaré une activiste de l’ISM-Londres nommée Catja.

"Une jeep a foncé sur nous à toute vitesse. Comme j’étais face au capot de la jeep, je ne pouvais m’enfuir dans aucune direction sans être renversée, alors j’ai sauté sur la jeep et l’homme qui se tenait à côté de moi a fait la même chose. La jeep allait très vite et à environ 200 mètres en bas de la rue, elle a fait une embardée. Alors ils ont pilé et un soldat est sorti du siège passager et m’a frappé à la tête. Plus tard, il m’a dit qu’il était le commandant."

Les pacifistes israéliens sont arrivés peu avant 13h. et nous avons décidé de marcher jusqu’au site de la manifestation, même si nous ne pouvions pas exécuter l’action non-violente prévue.

Pendant que nous marchions vers le site, les soldats ont commencé à tirer du gaz lacrymogène et des bombes assourdissantes une fois de plus, puis ils ont commencé à nous pousser pour nous montrer que nous n’avançions pas assez rapidement. Ils poussaient des femmes âgées, ils poussaient les activistes les uns contre les autres et vers d’autres soldats, et ils criaient en Hébreu.

Les soldats ont brièvement essayé d’arrêter l’un des principaux coordinateurs de la résistance pacifique à Bil’in, Mohammed Al Khateb, pendant le chaos.

Alors qu’il marchait, deux soldats se sont précipités hors de la ligne et l’ont empoigné. Ils l’ont frappé à la tête, l’ont jeté à terre, puis ils l’ont emmené. Un activiste israélien a rapporté qu’un soldat lui avait dit : "Nous ne voulons plus de ces manifestations à Bil’in."

Vers la fin de l’après-midi, deux personnes étaient blessées, six Israéliens étaient détenus dont deux arrêtés pour "agression sur un officier", et Mohammed était également détenu.

Au moment où nous écrivons ce rapport, tous ont été libérés excepté deux Israéliens.

"Le commandant était venu chez moi et m’a dit : ‘Je ne veux pas voir une autre protestation dans ce village, ‘" a dit Al Khateb.

"Je lui ai répondu : ‘Vous avez le pouvoir de l’occupation, mais nous continuerons de manifester même si nous sommes forcés de le faire à l’intérieur de nos propres maisons, nous continuerons à le faire."

Plus tard, le commandant de l’armée a dit à Al Khateb qu’il leur était maintenant interdit de manifester avec des internationaux ou des Israéliens." Il a dit que si nous voulions manifester, nous devrions le faire seuls."

Cette action des militaires israéliens est une tentative délibérée de décourager la résistance non-violente. Ils répondent avec une violence toujours croissante, en employant contre nous aujourd’hui tout leur arsenal.

L’utilisation de la violence excessive illustre l’oppression que subissent les Palestiniens même lorsqu’ils essayent de protester pacifiquement contre le vol de la terre et l’occupation illégale sous laquelle ils sont forcés de vivre. Incapable de justifier ces actes contre les Palestiniens, le gouvernement israélien continue d’étouffer tout cri hostile qui cherche à attirer l’attention sur l’occupation.

La demande du commandant militaire pour que les pacifistes israéliens et étrangers restent à l’écart le démontre également.

Elle indique que la brutalité que les soldats préféreraient utiliser contre les Palestiniens est restreinte par une présence internationale.

À cet effet, l’ISM continuera d’offrir son soutien à tous les Palestiniens qui souffrent sous l’occupation, y compris à la population de Bil’in.

"Nous les avons affrontrés avec nos sacs à dos, nos sandales et nos pancartes" a déclaré l’activiste de l’ISM, Greta Berlin, au New York Times aujourd’hui depuis Bil’in. "Ils nous ont agressé avec leur équipement anti-émeute."

A l’extérieur

Pendant l’affrontement, un jet continu de témoignages venant de Bil’in a incité un certain nombre de médias, d’organisations et d’individus à agir.

Israel IndyMedia a rapporté l’utilisation de balles réelles.
L’organisation pacifiste israélienne, Gush Shalom, a envoyé un appel pour une intervention extérieure dans les minutes qui ont suivi l’utilisation de la violence par les soldats israéliens.

Pendant que cela se déroulait, les Rabbins pour les Droits de l’Homme contactaient les responsables de l’armée et des membres de la Knesset israélienne afin de tenter de faire pression pour que les militaires cessent d’employer une force aussi excessive contre les civils de Bil’in.

Selon le site d’informations d’Extrème-Droite israélien, Arutz Sheva, un membre de la Knesset, Zahava Gallon-On, à la lumière de l’incursion de Bil’in, a appelé le Ministre adjoint à la Defense, Ze’ev Boim, pour accuser les militaires "d’employer la force inutile contre les Israéliens de gauche et (les Palestiniens) qui protestent contre la barrière de sécurité dans la région de Bil’in."

Voir la vidéo de la manifestation