Le silence des agneaux

28/08/2005

Source : ISM

par Aaron

Pendant plusieurs heures cet après-midi, j’ai participé à une manifestation non-violente contre la construction du Mur d’Annexion dans le village de Bil’in. Nous, les internationaux, avons rejoints les pacifistes israéliens et palestiniens.

Bil’in est un village palestinien qui va perdre plus de la moitié de sa terre quand le mur sera terminé.

Je me suis porté volontaire pour être un "arrestable", c’est à dire quelqu’un qui est sur la ligne de front de la manifestation, en participant activement à l’action.

Plusieurs de mes camarades "arrestables" et moi portions des bandeaux sur nos yeux où étaient dessinés l’emblème du drapeau israélien, des posters de l’ONU sur le devant de nos T-shirts, et du sparadrap sur nos bouches.

Nous marchions parmi un groupe énorme de gens qui pouvaient voir, et puis ont joué, (de façon extrêmement maladroite) à attraper une balle enveloppée dans un drapeau palestinien.

Je pense que le message était quelque chose comme : "Israel ignore les règles de l’ONU, essaye d’empêcher de parler ceux qui veulent réagir et inévitablement ruine les vies des Palestiniens."

Au bout de vingt minutes, quelqu’un a décidé que le message avait été adressé, et nous avons pu enlever nos accessoires. Je pouvais maintenant voir réellement la manifestation qui était "complètement" non-violente.

Les gens chantaient et grouillaient tout autour, et un Palestinien plus âgé a hurlé sur le commandant des soldats, et ce fut tout.

Quinze minutes peut-être se sont passées comme ça, quand, sans qu’aucune provocation n’ai eut lieu (ou que moi ou les autres manifestants à qui j’ai demandé n’ont remarqué), les soldats ont commencé à lancer des bombes assourdissantes sur les manifestants !

Quelques minutes plus tard, les soldats s’en sont soudainement pris à une jeune activiste canadien, encore sans absolument aucune raison valable sauf qu’elle ressemblait probablement à une Palestinienne.

Une femme de ma formation, qui a de nombreuses années d’expérience dans des manifestations en Europe, a immédiatement demandé que d’autres membres de l’ISM aillent entourer la jeune femme pour la protéger contre les soldats.

Mes camarades stagiaires ont immédiatement suivi son conseil, et quatre d’entre nous l’ont rejointe aussi vite que possible. On m’a souvent dit qu’il était suffisant de procéder à la "Dé-arrestation", mais cette fois, pensant qu’ils avaient identifié une activiste palestinienne, ils nous ont cerné et ont essayé de nous entraîner loin de la victime prévue. Nous nous tenions fort, mais il y avait tout simplement trop de soldats.

Ils nous ont tiré un par un; Je suis plutôt fier d’avoir été l’avant-dernier à être tiré, juste avant que mon ami soit traîné. J’ai perdu mes chaussures et mon appareil-photo (que mon ami a eu la présence de l’esprit de saisir alors qu’il était traîné !), et ils l’ont trainé sur quelques mètres, puis ils l’ont laissé tomber. Mon ami a reçu le même traitement.

La femme visée par l’arrestation a été détenue pendant deux heures jusqu’à ce qu’elle ait convaincu les soldats qu’elle était vraiment une citoyenne canadienne. Si elle avait été une Palestinienne, les choses se seraient terminé tout à fait différemment.

Cinq autres personnes ont aussi été détenues, mais seul un activiste israélien est actuellement détenu.

Après 15 minutes de bombes assourdissantes et de gaz lacrymogène, un jeune palestinien qui trainait apparemment près de la manifestation et a jeté une pierre sur les soldats. Environ six soldats ont couru après le gosse, et plusieurs d’entre nous se sont précipités derrière eux.

Pendant environ une demi-heure, une poignée de gosses palestiniens a lancé des pierres sur les soldats sans que les pierres n’atteignent leurs cibles ou même les ratent de peu, alors que les soldats tiraient (la plupart du temps avec des balles en caoutchouc) sur les gosses. On m’a dit qu’un jeune avait été touché à la la jambe et à l’estomac.

Nous, les activistes, sommes restés près des soldats, pour prendre des photos et des vidéo, et nous avons insisté pour qu’ils cessent de tirer sur les gosses.

Le problème est que la présence des soldats est illégale et viole pratiquement tous les articles de la Convention de Genève, à laquelle Israel est signataire.

La comparaison la plus proche est probablement le vol aggravé, dans lequel la force est employée pour effectuer un vol. Le fait que les victimes tentent de se défendre n’est pas considéré comme une défense pour le voleur.

En tout cas, l’action s’est terminée avec des blessés légers :

  • Il y a eu le gosse qui a été touché par des balles en caoutchouc.
  • Et une femme de ma formation âgée de 61 ans a été touchée à l’arrière de la tête par une boîte métallique de gaz lacrymogène; le Croissant Rouge lui a fait trois points de suture, un piqure anti-tétanos, et a refusé le paiement comme d’habitude.
  • Une poignée d’activistes ont été apparemment soignés pour l’inhalation de gaz lacrymogène, et un activiste italien a trébuché et s’est coupé sur le barbelé israélien. Il a eu quelques points de suture à la main.

Puis une nouvelle fois, les villageois de Bil’in ont fait leur déclaration sur les horreurs de l’occupation, et, encore, ils se sont heurtés à la violence aveugle des militaires israéliens.