23/09/2005
Source : ISM
Ce matin encore, le 23 septembre 2005, les militaires israéliens ont continué leur stratégie de tenter d’isoler toutes les entrées du village de Bil’in. En dépit de leurs efforts, environ 35 activistes israéliens et 8 internationaux sont parvenus à atteindre Bil’in pour se joindre aux villageois, dans leur manifestation hebdomadaire contre le mur qui est construit sur leurs terres.
Aujourd’hui comme d’habitude, la manifestation est partie de l’extérieur de la mosquée et s’est dirigée vers le chantier de construction à l’extérieur du village.
Encore une fois, les manifestants ont trouvé un grand nombre des soldats qui leur barraient le chemin. Les soldats se sont retrouvés face à leurs propres réflexions, emprisonnés derrière une rangée de miroirs posée devant eux.
Une banderole disait : "Je ne faisais que suivres les ordres".
Le message était clair pour ces soldats, ils ont été engagés dans des crimes de guerre, et ils risquent tous d’être tenus pour responsables à titre individuel. Un international a pris un mégaphone pour appuyer le message, en lisant une lettre des villageois de Bil’in :
« Soldat,
S’il te plait, attends une minute avant de braquer ton arme. Toi et tes amis êtes sur notre terre et il y a des choses que nous voulons que vous sachiez.
Vous devriez savoir que les colonies, et le mur qui est construit pour assurer leur expansion, sont illégaux selon le droit international, de même que la punition collective que vous infligez à notre village.
Des généraux israéliens comme Aluf Doron Almog et Shaul Mofaz ont dû s’échapper de Grande-Bretagne afin d’éviter d’être jugés pour des crimes contre l’humanité. Vous devriez également savoir que dans une cour internationale, les soldats ne peuvent pas compter sur l’excuse "d’avoir seulement suivi les ordres."
Un jour, vous pourriez être jugés pour ce que vous faites aujourd’hui. Que direz-vous pour votre défense ?
Le mur que vous protégez transforme notre paisible village en prison. Mais quand le mur sera achevé, vous deviendrez également ses prisonniers.
En attendant, les Israéliens sont encore libres de choisir ce qui se produira. Vous êtes libres de cesser de commettre des crimes de guerre et de nous joindre dans une lutte pour un futur commun sûr, tranquille et prospère. Aidez-nous à gagner notre liberté et vous aurez la sécurité que vous désirez.
Nous savons que vous avez été envoyés ici avec des ordres pour vous assurer que la coopération entre les Palestiniens et les Israéliens ne se produit pas. Mais vous, en tant qu’individu, vous pouvez toujours choisir.
Si vous étiez venus ici en tant qu’invités, en ce moment, nous vous montrerions les arbres que nos grands-pères ont planté, les légumes que nous faisons pousser et les galets de pierre avec lesquels nous jouions quand nous étions enfants. »
Les soldats ont certainement reçu le message. Les protestaires ont attendu, et se sont demandés s’ils s’en souciaient.
La manifestation, atteindrait le mur aujourd’hui. Les Palestiniens, les Israéliens, ainsi que les Internationaux se sont éloignés des soldats qui leur barraient toujours le chemin. Les soldats les ont poursuivis, s’élançant en une seconde dans une course vers le chantier de construction. Apparemment peu satisfaits de ce résultat, les soldats ont rapidement arrêté 10 manifestants avec le type de brutalité raffinée qui n’est pas égalée.
Leur déclaration faite, les manifestants se sont retirés pour s’asseoir dans les oliveraies. Les soldats les ont encore suivis. Ils se sont approchés d’un groupe en particulier, assis sous un arbre, qui discutait de ce qu’ils devraient faire. Le seul Palestinien assis dans ce groupe, Mohammed (coordinateur des Israéliens et des internationaux à Bil’in) a été choisi pour être arrêté. Les Israéliens et les internationaux ont bloqué les tentatives des soldats de l’empoigner, gagnant assez de temps pour s’éloigner vers le village et s’arrêter pour se reposer sur une colline donnant sur les oliveraies et le tracé du mur. Les soldats les ont encore suivis, en s’arrêtant et se déployant en ligne dans les arbres. Par la suite, des heurts ont éclaté entre les shebab et "l’armée la plus morale au monde".
Aux pierres, les soldats ont répondu avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc. Puis, essayant de chasser les journalistes et les médias et les activistes qui filmaient, les soldats ont commencé à tirer des boîtes métalliques de gaz lacrymogène directement sur les gens. Ce n’est pas une nouvelle tactique de leur part et ils ont eu un succès considérable en infligeant des blessures sérieuses de cette façon par le passé.
Ce jeu de chat et de souris a continué jusqu’à environ 16h, quand il y a eu une forte explosion provenant du chantier de construction du mur. En quelques minutes, les shebab a commencé à revenir dans le village. Ils craignaient que cette explosion ait été un stratagème de l’armée, utilisé comme prétexte pour intensifier le niveau de violence et l’utilisation de balles réelles.
Leurs soupçons avaient déjà été éveillés la nuit précédente quand les soldats avaient été vus à creuser de façon inabituelle dans le secteur de l’explosion et placer des sacs de sable autour.
Les shebab partis, de nombreux soldats se sont amassés à l’entrée au village. Un groupe de soldats a commencé à frapper à la porte d’une maison sur les périphéries du village.
Craignant une autre invasion du village, les Israéliens et les internationaux se sont rassemblés près de cette maison, sur la route menant au village.
À 17h, les soldats ont soudainement fait demi-tour, et quitté le village, laissant beaucoup de perplexité derrière eux.