24/08/2005
Source : ISM
par Greta B.
Plus de 450 femmes de tous les pays sont arrivées à Bil’in le lundi 16 août pour participer à une manifestation contre le mur d’Apartheid en construction sur les terres du village. Beaucoup d’entre nous venions du Congrès International des Femmes en Noir qui s’était tenue à Jérusalem, beaucoup étaient venues d’autres organisations pour soutenir les manifestants. Mais l’aspect le plus remarquable de l’événement fut de voir plus de 100 femmes palestiniennes se joindre à nous.
Nous avons suivi un chemin poussiéreux pour arriver jusqu’aux soldats lourdement armés debout derrière leurs protection en plastique , dans leurs tenues anti-émeutes et leurs armes en contraste saisissant avec nos chemisiers noirs ornés de leur grosse fleur violette, symbole du Congrès.
L’expression stupéfaite de leurs visages quand 450 d’entre nous avons franchi finalement la colline a été enregistrée par des dizaines de cameras vidéos et d’appareils photos. Ils ne savaient tout simplement pas quoi faire face à tant d’oestrogènes ! Les soldats ont tenté de se déployer pour boucher tous les angles en face d’une maison détruite, mais ils n’ont pas pu se déployer assez loin, et plus d’une dizaine de femmes palestiniennes sont arrivées derrière eux, en dansant, chantant, et tapant dans leurs mains.
Un grand nombre d’entre nous hurlaient contre soldats, leur disant que nous avions honte de leur conduite.
Une femme juive n’arrêtait pas de crier : "Vous me faites honte. J’ai honte de ce que vous faites, et vous ne le faites pas en mon nom.".
Au moment où nous approchions plus près d’eux, essayant de repousser les fils de fer barbelés, les soldats ont pris leur téléphones cellulaires et ont sorti une camera vidéo. Et beaucoup d’entre nous qui étions là photographiions les soldats qui nous photographiaient.
Tout d’un coup, les femmes palestiniennes se sont mises à chanter pendant que nous tapions dans nos mains. Alors nous avons entamé : "We shall overcome" ("Nous triompherons" N.T. :chanson de Joan Baez, hymne pour les droits civils aux Etats-Unis – 1963) en tapant dans nos mains.
La chanson fusait en anglais, en arabe, en anglais et en italien. Même si nous n’en connaissions pas les paroles, nous chantions à notre façon.
Pendant presque une heure ce fut une manifestation magique.
Alors les femmes palestiniennes ont repoussé les soldats de notre côté, une jeune femme a écarté un soldat et s’est ensuite brossée avec dégoût. Les organisatrices palestiniennes nous ont dit qu’il était temps de s’en aller et nous avons commencé à repartir par des chemins poussiéreux jusqu’aux bus.
Et justement, à peine arrivait la dernière femme que l’armée israélienne s’est mise à lancer des gaz lacrymogènes contre des jeunes garçons palestiniens qui nous avaient suivies.
Mais ce jour-là, nous les femmes pacifiques nous avons gagné la bataille en regardant en face ces soldats qui étaient suffisamment jeunes pour être nos fils ou nos petits-fils.
Ils n’oublieront jamais la force qui, venue de la colline, s’est déversée sur eux.