Traverser le front des soldats

01/04/2005

Source : ISM

par Bella

Aujourd’hui c’était le Jour de la Terre, jour où, partout ici en Palestine moi, ceux de l’ISM et les autres internationaux plus une bande importante des "Anarchistes israéliens Contre le Mur" et de leurs copains, sommes allés avec les Palestiniens empêcher le travail en cours sur le Mur de Bil’in, qui va voler 60% de la terre de Bil’in et de ses oliveraies.

On a tous eu une journée chargée. Trop fatigués et la tête douloureuse à cause du soleil pour en écrire d’avantage. Tout Ramallah a décidé de faire sa manifestation à Bil’in, aussi nous avons eu avec nous des vétérans de manifestations contre le Mur de Biddu et de Budrus (où il y a eu cinquante manifestations contre le mur en un an). Des quantités de gens, des tas de femmes et d’enfants étaient là aussi.

Les constructeurs du Mur n’ont pas cherché à se mettre au travail aujourd’hui parce qu’ils savaient que nous venions, aussi on a eu une petite victoire. Une fois que nous sommes arrivés face à la ligne de front que les soldats formaient sur la route d’accès, nous avons simplement traversé puis les avons contournés, parce qu’ils étaient vraiment très nombreux !

Après nous avoir criés de repartir et d’obéir sans succès et nous avoir lancé à ce que je crois être une grenade assourdissante, ils se sont retirés de l’autre côté du tracé du mur.

Les internationaux, les Israéliens, et les gens d’ici ont formé une chaîne humaine face aux soldats pour que les femmes et les enfants puissent aller sans danger sur leur terre, où ils se sont mis à chanter à tue-tête, à crier, et à planter de jeunes plants d’oliviers dans l’espace destiné au Mur. Les Palestiniens locaux ont planté d’autres arbres le long de la bande de terre endommagée, que nous avons assainie.

Une des choses déchirantes dont j’ai déjà parlée auparavant, c’est de voir certaines des femmes ramasser des pierres qu’elles tiennent fermement tout en hurlant devant les soldats pour leur dire ce qui arrive à leur terre, à leur vie, et à leur familles à cause de l’Occupation. Je ne les ai jamais vues lancer ces pierres. Finalement elles se sont courbées, de nouveau, sur la terre sèche.

Pour moi, c’est d’une certaine façon, l’illustration d’un désir désespéré de faire quelque chose, n’importe quoi contre l’agression permanente qu’est l’Occupation – d’autant plus que la plupart des Palestiniens ont conscience que les pierres ne pourront jamais les défendre contre les fusils, les chars, les tirs d’hélicoptère, les supporters américains d’Israël, et le silence complice de tant de nos pays.

Mais les gens, aujourd’hui, avaient beaucoup d’espoir ; je pense que nous nous sentions forts pour un jour. J’ai surtout adoré regarder une jeune Scout de Bi’lin – elle ne devait pas avoir plus de douze ans, et pourtant elle allait constamment auprès des vieilles femmes face à des soldats deux fois grands qu’elle, pour crier passionnément contre eux.

Elle avait un sourire lumineux et elle se rappela immédiatement que j’étais venue l’an dernier – n’avait même pas oublié mon nom, un ange. Elle n’a jamais montré le moindre signe de peur et pourtant ce sont ces mêmes soldats qui tuent ses voisins et ses parents, et ont ordonné à tout le monde dans son village de sortir de leur lit en pleine nuit quatre fois d’affilée cette semaine. Oui, elle fait vraiment preuve de courage.

Après que femmes et enfant soient rentrés chez eux, les hommes, les garçons et nous-mêmes sommes restés pour les discours. Ceux des Israéliens qui sont de notre côté avaient beaucoup à dire aux Israéliens en uniformes.

Après avoir tenu le terrain un moment, deux shebabs (adolescents) ont commencé à jeter des pierres et la situation a changé. Ils avaient été pressés de partir jusqu’à maintenant et je crois que leurs aînés ont essayé de leur expliquer l’importance de laisser tout le monde participer à une manifestation non violente, ce qui n’est pas possible si des lanceurs de pierres interviennent.

Tout le monde a immédiatement fait machine arrière, parce que rester entre les soldats et les jeunes lanceurs de pierres n’est ni judicieux ni utile (bien que pour observer ce soit un bon endroit) et c’est ce que nous faisons.

Les lanceurs de pierre ont reculé pour se mettre hors d’atteinte, et du coup les soldats ont décidé de lancer des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes contre notre groupe qui partait, ce qui était déroutant et dangereux, pour tout dire, bien que tout à fait normal. Je ne réagis pas trop mal aux lacrymos lancés en plein air, mais des tas d’autres gens oui, et mon amie A.(qui assistait à sa première manifestation) souffrait toujours de la poitrine des heures après que les bombes lacrymo. aient explosé près d’elle.

Je m’étais brièvement séparée de mon groupe quand nous avons été bombardés par toute une série de grenades assourdissantes et l’une d’elle a explosé à mes pieds. Quand j’ai ensuite compris ce qui était arrivé, j’ai été contente de m’apercevoir que je n’avais qu’une petite blessure provenant d’un morceau qui m’avait touché aux bras quand je les avais mis devant mon visage (pour me protéger).

J’étais aussi contente de n’être séparée que pour la journée de mon « copain », S, pour ce court laps de temps, parce que c’est bon de pouvoir se reposer sur quelqu’un au milieu du chaos. Nous gérons généralement la situation de la même manière – en restant calmes en apparence – excepté quand nous faisons des bonds quand il y a des explosions à proximité ! A moins que ce ne soit que moi ?

Ensuite les soldats se sont mis à lancer des balles de métal enrobées de plastique (que je n’ai réussi à distinguer des grenades assourdissantes qu’à l’instant où elles ont été tirées, ce qui n’est pas facile parce que toutes les deux font des bangs importants, ce qui ne rend pas les choses faciles).

Dans mon groupe, on a eu soit de la chance soit on s’est trouvé hors d’atteinte, mais trois Palestiniens et deux Israéliens ont été blessés. Pas assez sérieusement, évidemment pour avoir besoin de plus que les soins données par les ambulances en attente. Un Israélien a été arrêté, on ne sait pas pourquoi. (A vous de deviner!)

La sécurité derrière une construction en cours, nous l’avons expérimentée les uns les autres dans nos langues différentes, les Palestiniens ont remercié les Israéliens et les internationaux d’être avec eux, les Israéliens ont remercié les Palestiniens d’avoir bien voulu les regarder comme des alliés et des camarades.

Nous avons remercié tout le monde pour notre nouvel appartement qui est sympa, ce qui signifie que nous pouvons assurer une présence dans ce village amical et assiégé.