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04/06/2007
Sam Bahour is a Palestinian-American businessman and activist based in Al-Bireh/Ramallah, Palestine. He is Managing Partner of Applied Information Management (AIM), a management consulting firm specializing in business development with a niche focus on the information technology sector. Sam was instrumental in the establishment of PALTEL and the PLAZA Shopping Center and currently serves as a Board of Trustees member at Birzeit University and is the Board’s treasurer. He is also a Director at the Arab Islamic Bank and Dalia Association. Sam writes frequently on Palestinian affairs and has been widely published. Sam is co-editor of HOMELAND: Oral History of Palestine and Palestinians and may be reached at: sbahour@palnet.com.
D’abord, permettez-moi de saluer la population de Bilin.
Votre détermination est enregistrée dans les annales de l’histoire avec chaque mètre du mur qui est construit et chaque olivier qui est arraché par cette occupation déplorable.
J’ai été invité à parler brièvement de la construction d’une indépendance économique. Un sujet compliqué mais permettez-moi de commencer en posant une question.
Comment pouvons-nous intégrer aujourd’hui une future économie palestinienne dans un monde globalisé et dominé par les États-Unis, alors que nous sommes toujours sous occupation militaire étrangère – une occupation qui a lieu sous les yeux de la communauté internationale ?
Oui, je parle de ces parties tiers qui sont signataires de la 4ème Convention de Genève et qui, l’année dernière et pour la majorité encore aujourd’hui, ont choisi d’imposer des boycotts et des sanctions économiques et politiques à un peuple occupé, nous menant à une nation de pauvreté, de crime et d’anarchie.
Comment faisons-nous, pendant que nos propres dirigeants boivent le thé deux fois par mois avec ce même occupant qui nous ôte, par ses actions quotidiennes sur le terrain, l’option d’une indépendance palestinienne signicative ?
Pendant 40 ans, Israel a lié l’économie du Territoire Palestinien Occupé à la sienne. A dessein, un cordon ombilical économique a été tissé dans chacun de nos secteurs.
Pour gagner du temps, il faut noter que les Accords de paix d’Oslo ont maintenu totalement ce cordon ombilical, tout en imposant aux Palestiniens le fardeau colossal de relever les défis du développement économique sans avoir accès à la boîte à outils des ressources économiques.
Les Etats donateurs sont entrés dans le jeu. Au lieu de brandir les dispositions de la 4ème Convention de Genève qu’ils se sont engagés à respecter et à faire appliquer pour s’assurer qu’aucun mal ne soit fait aux personnes occupées, aux "personnes protégées" puisque nous sommes répertoriées en tant que tel par le droit international, ces Etats tiers ont commencé à nous alimenter de poissons au lieu de nous aider à apprendre comment pêcher nous-mêmes.
En clair, les donateurs sont devenus les complices de la répression économique et ont soutenu le statu quo qui nous entraine lentement vers la mort pendant que nous luttons ici aujourd’hui.
Les donateurs ne sont pas les seuls joueurs dans l’équation. Un développement viable ne peut pas être basé sur l’agenda et l’état d’esprit politiques des donateurs étrangers.
Les entreprises palestiniennes et les consommateurs palestiniens sont, ou devrais-je dire devraient, être les bases sur lesquelles nous établissons notre économie.
Il serait injuste de dire que les hommes d’affaires palestiniens ont échoué, ce n’est pas vrai. Beaucoup d’entreprises sont demeurées inébranlables alors que tout était contre elles. Beaucoup d’autres ont excessivement bien réussi.
Cependant, les critères de succès des nombreux acteurs dans le milieu des affaires ont besoin d’être examinés attentivement.
Est-ce du succès quand une seule entreprise tire un bénéfice de 100 millions de dollars par an sur le dos de personnes occupées pour un service de base ?
Est-ce du succès quand on envisage la construction de zones industrielles entre ce Mur d’Apartheid et la Ligne Verte ?
Est-ce du succès la monopolisation de divers secteurs et l’obstruction à de nouveaux investissements et à la création de nouveaux emplois ?
Comme je l’ai noté, des milliers de commerces font des choses étonnantes pour maintenir leurs portes ouvertes, mais quelques acteurs n’ont aucune intention de nous débarrasser de l’occupation et ce sont ces éléments de notre propre société que nous devons tenir pour responsables.
La responsabilité ne peut pas venir d’une Autorité obsolète, préoccupée par une politique factieuse, en dépit de notre amour pour ceux qui tentent d’en faire une institution opérationnelle.
Le citoyen palestinien, le consommateur palestinien, et ceux qui se tiennent en solidarité avec les Palestiniens doivent porter le fardeau.
Je ne peux pas comprendre comment nous pouvons co-exister pacifiquement avec des produits des colonies israéliennes sur nos étagères.
Je ne peux pas comprendre comment nous pouvons permettre aux sociétés israéliennes de déverser leurs produits et leurs services sur notre marché sans aucune répercussion.
Je ne peux pas comprendre comment les Etats tiers refusent d’accepter leurs engagements sous la 4ème Convention de Genève quand ils voient les barrages routiers, les checkpoints et les Murs économiques qu’Israel a construit.
Notre terre est saisie à chaque heure. A travers ce que notre bon ami, Jeff Halper, a appelé "la Matrice de Contrôle", Israel s’assure que la terre ne soit pas suffisante pour la vie quotidienne, et encore moins pour une indépendance économique. La main de l’occupation contrôle les terres que nous pouvons cultiver et le destin des arbres que nous plantons.
Nous sommes obligés d’acheter notre eau à la Société israélienne de l’Eau, en payant plus cher que les Israéliens qui l’achètent à la même entreprise mais en en utilisant moins par habitant. La main de l’occupation contrôle tous les aspects de l’eau.
Toute l’électricité de Cisjordanie est achetée à la Compagnie d’Electricité Israélienne et nous est revendue. La main de l’occupation contrôle nos interrupteurs.
Chaque appel téléphonique que vous passez à l’étranger est forcé de passer par un opérateur israélien. La main de l’occupation contrôle nos conversations.
Chaque travailleur voulant travailler en Israel ou sur ses terres situées à l’ouest du Mur, doit obtenir un permis israélien. La main de l’occupation contrôle la sueur de nos ouvriers.
Pour la première fois dans notre histoire, plus d’un tiers des Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem désirent émigrer volontairement. Plus d’un tiers !
Je devrais faire remarquer que la loi humanitaire internationale est claire au sujet des crimes de guerre.
Les événements sanglants de 1948, de 1967 et de 2002 étaient tous des crimes de guerre, sans aucun doute – une occupation militaire, assoiffée de pouvoir - toujours assoiffée de pouvoir – déterminés à détruire le tissu de la société palestinienne avec des résultats bien connus de tous.
Mais c’est également un crime de guerre en vertu des lois sur l’occupation lorsque "la Puissance Occupante", qui est Israel au cas où nous l’aurions oublié, créé les conditions pour que les personnes occupées partent volontairement sans autre option que de quitter leurs maisons à la recherche de sécurité et de moyens d’existence.
J’ajoute à ceci la nouvelle politique israélienne de refus d’entrer à ceux d’entre nous qui sont empêchés par Israel d’avoir une résidence assurée. Cette politique de refus d’entrer sépare les familles et contribue à accélérer notre exode des compétences.
J’ai tendance à appeler tout ceci un nettoyage ethnique stérile qui est appliqué à chaque famille, loin des médias et sans bain de sang.
C’est notre réalité. Une réalité que beaucoup tentent de mettre de côté ou de cacher sous le tapis en feignant de construire ou de contribuer à un Etat viable.
Une telle réalité est incompatible avec la viabilité. Une telle réalité ne favorise pas la contruction d’une indépendance économique.
Alors que devons-nous faire ? Plier ? Nous cacher sous un rocher et espérer des jours meilleurs ?
Accepter et approuver l’occupation militaire étrangère qui maintient ses bottes sur nos cous depuis ces 40 dernières années et qui nous a séparés de notre peuple pendant 60 ans ?
NON ! PAS CE PEUPLE !
Nous ne savons pas encore comment gagner et mettre fin à ce cauchemar, mais je peux vous assurer que nous savons sans aucun doute comment ne pas perdre.
Comme, en tant que communauté, nous faisons nos ajustements structurels au sujet de notre politique interne, une nouvelle direction est obligée d’émerger.
Comme nous apprenons et maîtrisons les outils de nos oppresseurs, notre cas juste sera exprimé clairement sur internet, en dehors d’internet, autour du mur, et par-dessus le mur.
Comme nous nous concentrons sur des choses de la vie : les gens, la famille, la communauté et nos droits inaliénables, nous nous concentrerons encore plus sur notre capacité à créer des Partenariats de Développement Globaux, notre propre genre de PIB, plutôt que de suivre les mesures traditionnelles de PIB de la Banque Mondiale.
Notre PIB inclut toutes ces heures laborieuses que les mères passent à garder une santé d’esprit de leurs enfants et à maintenir une vie de famille.
Notre PIB inclut les efforts que font tous nos prisonniers politiques en restant dévoués dans les prisons israéliennes.
Notre PIB est global dans la portée, il est de développement dans la substance, et en partenariat avec les gens amoureux de la paix et la justice partout où ils résident.
Je suis désolé si je vous ai déçu en ne parlant pas des nombreux accomplissements économiques réalisés au cours de la dernière décennie, dont plusieurs aux lesquels j’ai eu l’honneur de contribuer.
Ce n’est pas que je ne suis pas fier si, même si l’on peut parier que la plupart des communautés se seraient effondrées, nous avons construit des entreprises productives, un marché boursier, un secteur bancaire, une industrie de l’Information et des Télécommunications, une industrie de l’huile d’olive, une industrie du meuble et une industrie pharmaceutique, entre d’autres.
Elles sont toutes importantes mais elles sont toutes prises au piège d’un statu quo qui nous porte à un niveau de désespoir inconnu dans notre lutte. Dans un environnement normal, en tant qu’acteur du secteur privé, j’aspirerais à un retour des investissements.
En Palestine, je défie mes pairs de traduire ce retour en :
Un retour au Droit International,
Un retour à des frontières reconnues,
Un retour des prisonniers politiques dans leurs familles,
Un retour de nos réfugiés, et
Un retour à la construction de la communauté.
Ces retours sont les seuls retours qui nous mettrons sur le chemin de l’indépendance économique.
Pour terminer, je voudrais citer une phrase que m’a transmise l’un de mes amis israéliens à Jérusalem.
Un sage Juif du 17ème siècle, quelqu’un célèbre dans le judaïsme ; le Rabbin Nachman de Bratzlav a déclaré un jour : "Il n’y a rien de plus entier qu’un coeur brisé".
Mon ami a ajouté : "Ce n’est pas aussi facile de le voir de l’intérieur."
Je suis d’accord.
Merci de votre attention.
Version originale de l’intervention de Sam Bahour
First, allow me to salute the people of Bil’in. Your steadfastness is being registered in the annals of history with every meter of Wall that’s being built and with every olive tree that’s being uprooted every single day.
I’ve been asked to speak briefly about Building Economic Independence, a complicated topic; but first, allow me to start by posting a question.
How do we integrate a future Palestinian economy into a U.S.-dominated globalized world today, while yet under a foreign military occupation — an occupation operating in the full view of the international community? Yes, I speak of those 3rd parties that are signatories to the 4th Geneva Convention that, for the last year, and some through today, have opted to apply economic and political sanctions against the occupied people, driving us to a nation of poverty, despair and lawlessness. How do we do all of this while our own leadership drinks tea on a bimonthly basis with that very same occupier that is removing, by daily actions on the ground, the options for a viable Palestinian economy.
For 40 years, Israel linked the occupied Palestinian territory economically to its own. By design, an economic umbilical cord was weaved into every one of our sectors. To fast forward for the sake of time, it is worthy to note that the Oslo Peace Accords kept that umbilical cord fully attached, while at the same time placing on the Palestinian side the colossal burden of meeting the challenges of economic development without having the access to the full toolbox of economic resources.
State donors entered the equation. Instead of rising to the obligations placed upon them in the 4th Geneva Convention to ensure no harm be done to the occupied people, the ‘protected people’ as we are classified under international law, these 3rd party states began feeding us fish in place of teaching us how to fish. In short, donors have become accomplices to the economic repression and sustaining of the status quo that is simmering us to death as we stand and struggle here today.
Donors are not the only players in the equation. Sustainable development cannot be based on the agenda and political moods of foreign donors. Palestinian business and Palestinian consumers are, or should, I say, be the foundations which we build our economy upon. It would be unfair to say the Palestinian business community has failed, it has not. Many businesses have remained steadfast in the face of unimaginable odds. Many others have been exceedingly successful. However, the success criteria of many of the movers and shakers in our business community needs to be scrutinized. Is success extracting an annual $100 million profit from the occupied people for a basic service? Is success considering building of industrial zones between the Apartheid Wall and the Green Line? Is success the monopolization of the various sectors and blocking new investments and new jobs from being created? As I noted, thousands of business are doing amazing things to keep their doors open, but a few movers and shakers have no intention of moving or shaking the occupation out of our lives, and it is these elements of our own society we must hold accountable.
Accountability cannot come from an expired Authority, no matter how much we love the people trying to make it something. However, they are pre-occupied with factional politics. The Palestinian citizen, the Palestinian consumer, and those in solidarity with Palestinians must carry the burden.
I cannot comprehend how we can peacefully co-exist with Israeli settlement products on our shelves.
I cannot comprehend how we can allow Israeli firms to dump their products and services into our markets with no repercussions whatsoever.
I cannot comprehend how 3rd party states refuse to take on their obligations under the 4th Geneva Convention when they see the economic roadblocks, the checkpoints and the Walls that Israel has constructed around us.
Our land is being grabbed by the hour. Through what our good friend, Jeff Halper, called a “matrix of control,” Israel is making sure land is not sufficient for daily life, let alone economic independence. The hand of occupation controls the lands we cultivate and the destiny of the trees that we plant.
We are forced to buy our water from the Israeli water company, paying more than the Israelis buying from the same source but using less per capita. The hand of occupation controls our water facets.
The West Bank electricity is bought from the Israeli Electric Company and resold to us. The hand of occupation controls our light switches.
Every telephone call all you make abroad is forced to go through an Israeli operator. The hand of occupation controls our conversations.
Every laborer wanting to work in Israel, or on their land on the other side of the wall for that matter, must be issued an Israeli permit. The hand of occupation controls the sweat of our workers.
For the first time in our history, over a 1/3 of the Palestinians in the West Bank, Gaza and East Jerusalem desire to voluntarily emigrate. Over a 1/3! I should note that International Humanitarian Law is clear about war crimes. The bloody events of 1948 and 1967 and 2002 were all war crimes no doubt – a military occupation that was and still is drunk on power, bent on destroying the fabric of Palestinian society with results that are known too well to all of us. But it is an equal war crime under the laws of occupation for the “occupying power,” that’s Israel if we have forgotten, to create the conditions for the occupied people to voluntarily be left with no option but to leave their homes in search of a livelihood. I add to this the new Israeli policy of outright denying entry to those of us that are prevented by Israel of ascertaining residency. This denied entry policy is separating families and contributing to a faster pace of a brain drain created by Israel. I tend to call all of this a sterile ethnic cleansing, one that happens one family at a time, far from the media and totally bloodless.
This is our reality, a reality many try to brush aside or under the carpet while pretending to be building or contributing to a viable state. Such a reality is incompatible with viability. Such a reality is not conducive to building economic independence.
So what do we do? Fold up? Hide under a rock the waves have passed? Accept and acquiesce to the foreign military occupation that has kept the boot of occupation on our necks for the last 40 years and which has separated us from our people for the last 60?
NO. NOT THIS PEOPLE. We may not yet know how to win and end this nightmare, but I can assure you we definitely know how not to lose.
As we, a community, make our structural adjustment and internal politics, new leadership is bound to emerge.
As we learn and master the tools of our oppressors, our just case will be articulated online, offline, around the wall, and over the wall.
As we focus on matters that are the most important in life: family, community and our inalienable rights, more focus will be placed on our ability to create a global development partnership, our own kind of GDP, rather than chase the World Bank’s traditional measure of GDP. Our GDP includes all of those laborious hours mothers spend keeping their children’s sanity and maintaining family life. Our GDP includes the efforts of all our political prisoners, as they spend time remaining steadfast in Israeli prisons. Our GDP is Global in scope, Developmental in substance, and in Partnership with peace-and-justice-loving people wherever they reside.
I’m sorry if I disappointed you by not talking about the many economic accomplishments over the last decade, some that I had the honor of being part of. It is not that I’m not proud that, under odds that most communities would have buckled under, we have built productive companies, a stock market, a banking industry, an ICT industry, an olive oil industry, a furniture industry, and a pharmaceutical industry, among others.
These are all important, but they are all trappings of a status quo that is taking us to a level of despair, unknown to our struggle. In a normal environment, I, as a private sector player, would be yearning for return on investments. In Palestine, I challenge my peers in the business sector to translate that return to:
a return to international law; a return to recognized borders; a return of our refugees and; and a return to building community.
These returns are the only returns that will put us on the path toward economic independence.
In closing, I want to note a quote passed to me by an Israeli friend in Jerusalem. One of the Jewish sages, someone famous in Judaism, from the 17th Century; a Rabbi Nachman once said, “There is nothing that is more whole than a broken heart”.
My friend said that this is not so easy to see from within. I agree.
Thank you.