04/09/2009
« Tout comme un homme ordinaire nommé Gandhi a mené avec succès le combat non-violent en Inde et des personnes ordinaires comme Rosa Parks et Nelson Mandela ont mené la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, des personnes ordinaires, ici à Bil’in, mènent une lutte non-violente qui leur apportera la liberté. L’expérience de l’Afrique du Sud prouve que l’injustice peut être démantelée ».
- L’archevêque Desmond Tutu lors d’une visite à Bil’in le 27 août 2009
La plus récente tentative de l’armée israélienne de réduire au silence la campagne de résistance non-violente de Bil’in contre le Mur d’Apartheid consiste en une vague de raids nocturnes et à la multiplication des arrestations des manifestants et, en particulier, des dirigeants du Comité Populaire de Bil’in.
Les récents raids ont commencé simultanément avec l’ouverture du procès à Montréal en juin 2009. Le village de Bil’in a attaqué en justice Green Park International et Green Mount International, deux entreprises enregistrées au Canada, pour participation à des crimes de guerre par la construction de colonies sur les terres de Bil’in en vertu de la Loi contre les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre (cette loi, datant de 2000, inclut les articles de la Quatrième Convention de Genève et du Statut de Rome dans le droit fédéral canadien).
Depuis le début des audiences en juin dernier, les forces israéliennes ont arrêté une trentaine de personnes (la plupart a moins de 18 ans). 21 personnes sont toujours en détention.
L’utilisation de techniques d’intimidation lors des interrogatoires a fait « avouer » à certains jeunes que le comité populaire leur demandait de jeter des pierres. Disposant de ces « aveux », les forces israéliennes peuvent alors procéder à des raids nocturnes, envahir les maisons et arrêter les dirigeants de la résistance non-violente.
Deux des trois membres du comité populaire qui s’étaient rendus à Montréal pour représenter Bil’in lors des audiences au tribunal, Mohammad Khatib et Mohammad Abu Rahme, ont été arrêtés et ont depuis été libérés sous caution. (voir le rapport de B’Tselem).
Un autre activiste non-violent et dirigeant du comité populaire, Adeeb Abu Rahme, est toujours en détention depuis son arrestation lors de la manifestation du 10 Juillet 2009. Adeeb a été inculpé pour « incitation à nuire à la sécurité de la région ».
Le 10 décembre 2009, Abdallah Abu Rahma, professeur et coordinateur du comité populaire, a été arrêté lors d’un raid nocturne.
Les tentatives visant à criminaliser la résistance non-violente ont toujours été freinées grâce au soutien des personnes attachées à la justice à travers le monde.
Si vous souhaitez faire un don déductible d’impôt aux États-Unis ou au Canada, contactez bilinlegal@gmail.com.
NB : Il est également possible de faire un don déductible d’impôt (au Canada) en ligne ou par chèque à l’Aide Médicale pour la Palestine afin d’aider Bil’in à payer les frais juridiques liés au procès au Canada. Plus d’informations.
— Le Comité populaire de Bil’in contre le mur et des colonies
En mars 2005, dès le début de la construction du mur par Israël sur les terres de Bil’in, les villageois ont organisé presque quotidiennement des actions directes et des manifestations contre le vol de leurs terres. Leur persévérance et leur créativité ont attiré l’attention de la communauté internationale, Bil’in est devenu un symbole de la résistance populaire palestinienne. Presque cinq ans plus tard, Bil’in continue chaque semaine d’organiser une manifestation le vendredi.
Situé à 12 km à l’ouest de Ramallah et à 4 km à l’est de la Ligne verte, Bil’in est un village agricole couvrant 4 000 dunams (988 hectares), avec environ 1 800 habitants.
Bien que la construction et l’opposition au mur aient commencé en 2005, la majorité des terres avaient été expropriées de Bil’in par le passé. Dès le début des années 1980, et plus significativement en 1991, environ 56% des terres agricoles de Bil’in ont été déclarées « terres d’Etat » et utilisées pour la construction du bloc de colonies, Modiin Illit. Avec plus de 42 000 résidents et des plans visant à atteindre une population de 150 000 habitants, Modiin Illit détient actuellement la plus importante population parmi tous les blocs de colonies israéliennes.
Ne se limitant pas à l’organisation de la lutte populaire, Bil’in organise également des conférences annuelles sur la résistance populaire depuis 2006 permettant ainsi de créer un forum pour les militants, les universitaires et les dirigeants pour discuter des stratégies de la lutte non armée contre l’occupation.
Bil’in a adopté des mesures légales contre Israël dans le cadre de sa campagne de résistance au vol de leurs moyens de subsistance. Le village a commencé par solliciter les tribunaux israéliens à l’automne 2005. Deux ans après avoir engagé cette procédure judiciaire, la Haute Cour israélienne de Justice a jugé qu’en raison de la construction illégale dans une partie de Modiin Illit, les logements inachevés ne pourraient pas l’être et que le tracé du mur devait être déplacé à plusieurs centaines de mètres à l’ouest, rendant ainsi 25 % des terres de Bil’in au village. À ce jour, la décision de la Haute Cour n’a toujours pas été mise en œuvre et la construction se poursuit.
En Juillet 2008, Bil’in a entamé une procédure judiciaire devant la Cour supérieure du Québec contre Green Park International Inc et Green Mount International Inc pour leur implication dans la construction, la commercialisation et la vente d’unités résidentielles dans le quartier Mattityahu Est de Modi’in Illit.
Dans un effort pour stopper la résistance populaire à Bil’in, les autorités israéliennes ont lancé une campagne d’intimidation utilisant la violence physique contre les manifestants et multipliant les arrestations.
Les forces armées israéliennes ont utilisé des grenades sonores et de choc, des canons à eau, des balles d’acier recouvertes de caoutchouc, des grenades lacrymogènes, des bombes lacrymogènes, des projectiles de gaz lacrymogène à grande vitesse, des balles réelles de calibre 0.22 et des balles réelles contre des manifestants.
Le 17 avril 2009, Bassem Abu Rahma a été touché à la poitrine par un projectile de gaz lacrymogène à grande vitesse tiré par les forces israéliennes. Il a succombé à ses blessures à l’hôpital de Ramallah.
Sur les 78 résidents qui ont été arrêtés dans le cadre des manifestations contre le Mur, 31 ont été arrêtés pendant la série de raids nocturnes qui a débuté le 23 juin 2009. Les forces armées israéliennes ont régulièrement envahi les maisons recherchant les personnes participant aux manifestations, visant en particulier les dirigeants du comité populaire contre le mur et les colonies ainsi que les adolescents accusés d’avoir lancé des pierres sur le Mur.