Que retenir de la conférence de Bil’in ?

25/04/2009

Source : PNN

par Younes Salameh

La quatrième conférence sur la résistance non violente s’est achevée hier dans le village de Bil’in par la traditionnelle manifestation contre le Mur. Ce village est devenu le symbole de la résistance non violente contre l’implantation du Mur en Cisjordanie. La manifestation d’hier est venue clôturer trois jours de débats et d’échanges. Comme tous les ans depuis 2006, de nombreux internationaux étaient présents.

L’hommage à Bassam

La conférence a tenu à honorer la mémoire de Bassam, ce villageois de 29 ans tué la semaine dernière lors de la manifestation par l’armée. Des portrait du militant ont été distribués à tous les participants. Un film a été projeté mercredi soir suivi de cinq minutes de recueillement a la mémoire du “martyr’’.

Dès l’ouverture de la conférence mercredi matin, les interventions à la tribune rendaient hommages au militant palestinien. “Bassam est un martyr qui raconte l’histoire de notre village avec son sang’’ a insisté Eyad Burnad qui est a la tête du Comite populaire de Bil’in. “Tuer Bassam, c’est tuer le message de paix’’ a ajouté quelques minutes plus tard le premier ministre Salam Fayad. Lors de la manifestation de vendredi, tous les militants portaient des Tee-shirt avec le portrait de Bassam. Une stèle a été déposée devant le mur sous le regard des soldats postés derrière la barrière de sécurité. Au cours de la manifestation, une vingtaine de personnes ont été blessées par les gaz lacrymogènes.

Entre critique de l’Autorité palestinienne et volonté d’union nationale

La conférence se voulait sous le signe de l’union. Union entre les différents comités populaires tout d’abord, dont les actions gagneraient en intensité avec une meilleure coordination mais également union politique entre les différentes forces politiques palestiniennes de Cisjordanie.

Si la volonté d’union de tous les palestiniens pour faire face à l’occupation a été rappelée sans cesse, l’Autorité palestinienne a été l’objet de critiques. Dès le matin, la présence de nombreux gardes du corps pour assurer la sécurité du premier ministre Fayad faisait grincer des dents certains militants. Selon eux, “ce n’est pas l’esprit de la conférence’’.

Lors du débat entre les représentants des différents partis politiques palestiniens mercredi après-midi, Mustapha Barghouti s’est notamment montre très virulent sur l’attitude de l’Autorité palestinienne. Selon lui, les accords d’Oslo ont entretenu l’illusion que cela pouvait mettre fin à la résistance. En réalité, Mustapha Barghouti estime qu’ils ont divisé les palestiniens. Le secrétaire général de l’initiative générale palestinienne, qui connait bien les villageois de Bil’in pour les rencontrer tous les vendredis lors de la manifestation du village, l’Autorité palestinienne doit arrêter la voie des négociations avec Israël.

“Il faut stopper les négociations qui ne servent plus à rien. On l’a tous compris. Le seul chemin, c’est la résistance populaire, l’union. Il faut aider les gens qui résistent. Or 35 pour cent du budget de l’Autorité Palestinienne est consacré à la sécurité. Ce n’est pas un budget de résistance.’’

Le premier ministre Fayad, qui intervenait en début de matinée mercredi a tenté de se montrer rassembleur et aux cotés des manifestants. Il a insisté sur le fait que les différents comités populaires seront toujours soutenus par l’Autorité Palestinienne dont c’est le rôle d’être au coté du peuple. “On est toujours fier de cette résistance qui est une part de notre projet d’indépendance (…) Vous serez toujours notre priorité.’’ Au sein du comité pourtant, nombreux sont ceux qui se sentent abandonné par l’Autorité palestinienne dans leur résistance non violente contre le Mur.

Faire pression sur la communauté internationale pour un boycott des produits israéliens

Mettre fin a l’occupation ne se fera pas sans une pression de la communauté internationale. C’est ce qu’ont rappelé les différents intervenants tout au long de ces trois jours de conférence. Mairead Maguire, Prix Nobel de la paix, s’est notamment excusée du temps qu’a mis la communauté internationale à comprendre ce qui se passait en Palestine et a appelé à de véritables sanctions contre Israël jusqu’à un respect du droit international par l’Etat hébreu.

La vice présidente du Parlement européen, l’italienne Luisa Morgantini, a appelé tous les militants internationaux à faire pression sur leur pays pour s’opposer aux violations des conventions internationales par Israël. Selon elle, pour que le message de résistance soit visible, il faut qu’il soit concret. Elle a estimé qu’il fallait arrêter d’utiliser des grands concepts théoriques comme le sionisme pour s’opposer à Israël. Pour elle, il faut s’appuyer sur le droit international et développer point par point les violations de ce droit par Israël.

Les différents intervenants, qu’ils soient palestiniens ou internationaux, ont aussi rappelé l’importance de boycotter économiquement Israël tant que l’Etat hébreu ne mettra pas fin a l’occupation de la Cisjordanie et au blocus de Gaza. Ce boycott d’Israël est apparu comme indispensable pour mettre fin a l’expansion des colonies en Cisjordanie. Mustapha Barghouti l’a notamment rappelé à la tribune, soulignant le contraste entre la politique d’apartheid menée par l’Etat hébreu et le silence de la communauté internationale.

Le boycott d’Israël, une meilleure coordination entre les différents comités populaires ou encore un réel soutien de l’Autorité palestinienne à la résistance… Toutes ces dispositions font partie de la plate-forme finale de la conférence. A Bil’in, si l’on se réjouit du déroulement de la conférence et notamment du nombre d’internationaux présents, on sait cependant que le chemin est encore long. Rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine. Pour que ce rêve de liberté qu’avait Basam prenne forme à l’ avenir.